La carrière antique : une affaire de colonnes (II)
- M B ©

- 11 août 2017
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Nous les simples citoyens, qui demandons la conservation du site, parce qu'il témoigne de l'origine de notre ville,
sommes confrontés, au sujets des "colonnes", à des querelles de spécialistes.
Je vous soumets quelques écrits qui permettent de comprendre un peu mieux la géologie de ce secteur.
Trouvé sur le Net, ce texte d'Henri Tréziny : La pierre de construction à Marseille de l'Antiquité aux Temps Modernes
Le seul matériau local utilisé pour la pierre de taille est en fait le calcaire stampien dit de Saint-Victor , extrêmement fréquent dans le bassin de Marseille. On le trouve surtout au sud du port, sous l’abbaye médiévale de Saint-Victor,
Le gisement de Saint-Victor est sans doute celui qui a été principalement utilisé. C’est en tout cas le seul pour lequel nous ayons des traces lisibles de carrières antiques. La carrière d’époque grecque a été en effet très vite réutilisée comme nécropole, sur laquelle fut construite ensuite une chapelle funéraire ou martyrium, qui donna naissance plus tard à l’abbaye.
De qualité variable selon les secteurs et les bancs, le calcaire de Saint-Victor se prête assez bien à la construction en pierre de taille, pour peu que l’on ne recherche pas des blocs trop grands ou de taille normalisée. La pierre est en effet extrêmement litée, ce qui déconseille l’extraction de blocs de plus de 40 cm de hauteur (la hauteur d’assise moyenne des constructions en calcaire de Saint-Victor est de 30 cm). On a pu toutefois extraire des blocs de grandes dimensions, comme le chapiteau ionique archaïque, mais on notera un joint de stratification au milieu du bloc.

La pierre a pu convenir aussi pour des sculptures, comme les naïskoi de la rue Négrel, (ci-contre) mais elle est souvent trop litée
pour des constructions aériennes.
Certains bancs ont été utilisés pour des sarcophages, mais ces pièces, conservées ensuite à l’air libre, se sont très rapidement délitées. Et d’autres bancs, très sableux, ont tendance à fondre sous l’action de l’eau. La pierre de Saint-Victor est surtout utilisée pour le grand appareil à joints vifs de l’époque archaïque au III e siècle av. J.-C. Son usage est ensuite exceptionnel, par exemple au XIII e siècle, pour la construction au-dessus des carrières de la nouvelle église de Saint-Victor, ou, de l’autre côté du port, pour la chapelle de la Commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem. La pierre est encore très utilisée pour du petit appareil à l’époque romaine, par exemple sur le chantier de l’Alcazar, vers la fin du I er siècle de notre ère.

Chapiteau ionique découvert en réemploi dans un quai romain sur la rive N du Vieux-Port,qui témoigne de l'existence d'un temple, donc de colonnes, à Marseille, dans la période antique.
Bibliographie
Gaudon P., Nury D., Tréziny H., à paraître, « Les calcaires de Saint-Victor et leur utilisation dans Marseille antique et médiévale », in
Actes du colloque Saint-Victor de Marseille, Marseille, 18-20 novembre 2004.
Gaudon P., Tréziny H., 2004, « Quelques pierres utilisées à Marseille, depuis les origines », Pierre Actual, 813, p. 102-109.
Théodorescu D., Tréziny H., 2000, « Le chapiteau ionique archaïque », Et Mass,6,p. 135-146.
Tréziny H., 2000, « La pierre de construction des remparts antiques de Marseille », RAN, 33, p. 275-278.
Tréziny H., 2001, « Les fortifications de Marseille dans l’Antiquité », Et Mass, 7, p. 159-202.




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